« J'ose ou j'ose pas ? | Page d'accueil | Vide et plein »
20.06.2007
Les leçons du désert
Depuis mon retour de Jordanie et de ces 5 jours de marche dans le Wadi Rum, je m'interroge sur les leçons de ce désert.
5 jours, c'est court. Il y avait tant à voir par ailleurs. Mais 5 jours, pensais-je, ce devait être assez pour ressentir ses premiers murmures. On m'avait dit en effet que le désert nous ramenait à notre essence et à notre petitesse, qu'il nous enveloppait de l'infini et nous faisait prendre conscience du superflu.
Quand on constate qu'on peut se laver avec à peine 1 litre d'eau, on prend en effet conscience de l'essentiel et du futile. Mais happée par la beauté des couleurs (malheureusement non rendue par mes photos) et la diversité des paysages du Wadi Rum, soucieuse d'emporter dans ma tête autant d'images que mes yeux pouvaient en contenir, j'ai eu paradoxalement la sensation à mon retour d'être passée à côté de la leçon du Wadi Rum.
3 mois après, celle-ci se fait entendre.

C'est son éloge de la lenteur qui est pour moi la leçon la plus prégnante.
Au retour, dès l'aéroport, j'ai vécu cette sensation d'être subitement transportée dans un film en accéléré. Tout ce monde qui grouillait et pressait le pas, soucieux du but sans jamais savourer le chemin... quelle folie qui est la nôtre ! Et pourtant, j'étais à la première à ne pas fantasmer sur la vie du bédouin : marcher dans le sable entre deux pauses thé et une chansonnette autour du feu de bois, en promenant tour à tour des touristes ou des chèvres, c'est une caricature certes, mais ça ne me semble avoir du goût que dans la mesure où cette liberté ne finit pas par nous enfermer dans ses exigences.
Moi qui suis une éternelle impatiente dans un corps qui semble posséder tant de goût pour la lenteur, j'ai enfin compris (me reste à l'accepter !) que l'important, c'était d'arriver à destination. Qu'importe où l'on soit sur le chemin, qu'importe la puissance ou la faiblesse de nos aptitudes, l'important c'est d'avancer, de faire ce qu'on peut du mieux qu'on le peut.
Un prêtre, dont on m'a rapporté le sermon, disait ainsi que le jugement (de soi, des autres) ne servait à rien, et surtout pas en ce qui concerne l'amour de Dieu. Que chacun à sa façon, avec les possibilités qui sont les nôtres, nous pouvions l'aimer. Le coeur n'a pas besoin d'être infini pour exister. Il a juste besoin d'être.
A cette lenteur, j'associe la sensation de vide. Le vide qui se crée dans la tête à chaque nouveau pas, le vide qui s'ouvre à nos yeux à chaque crissement de sable.
Le vide fait peur. La nature a d'ailleurs horreur de celui-ci. Il suffit d'une personne sur un stand pour que viennent s'y agglutiner plusieurs, d'un espace laissé entre 2 voitures pour qu'une autre vienne s'y insérer. Notre monde est fait de plein. Notre monde social mesure l'importance sociale au plein. Une personne occupée est une personne prisée, convoitée; une personne "importante" est une personne qui possède, peut-on croire.
Le vide fait peur car on croit qu'avec le vide, on va mourir. Et pourtant, passée la zone d'inconfort (qui dure souvent 3 jours, ai-je remarqué), on s'aperçoit que le vide est juste un autre mode de fonctionnement et qu'on peut très bien en vivre -voire même mieux qu'avec le plein.
Au bout de 3 mois, le désert m'a appris que ma vie fonctionnait sur le plein et qu'il y manquait du vide, ce même vide que le plein cherche à fuir.
... Mais une fois que la leçon est entendue, comment l'accepter et surtout, comment la mettre en pratique ? ...
Peut-être juste en laissant faire le vide et la lenteur.
18:23 Publié dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Très belle note. Le désert m'attire et me fait peur pour tout ce qu'il pourrait générer de bouleversant dans ma vie actuelle...
Ecrit par : Corinne | 01.07.2007



